Daniel Buren
 

Daniel Buren

 

Daniel Buren
 
 
C'est l'histoire de quelque chose qui n'a laissé de traces que parce que certaines apparitions, malgré les recouvrements, la profusion d'images exposées depuis,la pléthore de discours et de concepts deversés,ne peuvent se résoudre à disparaitre. Ainsi fut l'exposition de Daniel Buren à la galerie de Roztoky, à quelques kilométres de Prague, cette capitale magique de l'Europe.
L'exposition est passée,créée de toutes piéces,détruite de toutes piéces.

la galerie a disparu, ou plutot elle a été quitté pour un nouvel espace au centre de Prague, par celle qui lui avait donné son âme et sa coloration, Nadine Gandy.Et pourtant, le souvenir du travail effectué pendant ces quelques jours de septembre 1994 par Daniel Buren reste vif.
On croit tout connaitre de cette œuvre. Les colonnes ont caché la foret et pour un Palais-Royal,Buren se voit souvent ignoré dans la complexité de sa démarche.

On évoque le "systématique" emploi du même matériau,toile ou papier,des mêmes bandes alternées(le blanc et d'autres couleurs),du même écart entre ces bandes,des mêmes supports,murs socles,marches d'escaliers.Bref,en Buren tout est même.
A Prague j'ai perdu cette illusion. Travaillant in situ dans l'humidité de ce bel espace un peu monacal,Buren m'est apparu étrangement singulier. Toujours sur la bréche,pas vraiment assis dans ses certitudes ou tranquillisé par le succés confirmé de ses rayures à l'étranger comme en France. Il est venu là,pour apprendre et s'étonner.

A Prague, Buren a fait vivre un lieu qui manquait de vie.Joyeuses,modernes,élégantes,les rayures ont "habité" le lieu,les trois salles.Fascinés par cette compréhension tres aigüe de l'architecture d'un espace et par l'économie des moyens utilisés, les artistes tchéques qui ont vu ce travail ont compris combien profonde était la rupture effectuée par Buren depuis la naissance de son travail.
L'insignifiant et le stéréotype prenaient soudainement des allures de traits de génie. D'obstacle de cadre contraignant l'environnement de cette galerie de Roztoky devenait un espace d'absolue liberté.

Je ne souviens du travail de Buren,montré en 1986 à la 42é Biennale international de Venise.Il venait de recevoir le prix du meilleur pavillon avec ses bandes alternées de briques rouges et celle en formica bleu.Ce fut une révélation.Prague,de part son format,fut plus modeste,mais une confirmation tout de même,la mise à nu de l'invisible.Si c'est art doit s'appeler décoratif,alors vive l'art décoratif.
Les outils "visuels"de Buren ont fait leur chemin le long des murs de Roztoky,traçant des lignes qui nous paraissaient à la fois discrétes et subtiles.Rien de spectaculaire,mais une démonstration simple,précise,délicate.Oeuvre fugace pour Prague la ville de pierre.Hier j'étais à Lyon,ce n'était pas tres gai, pour des tas de raisons,je suis passé devant la place des Terreaux qui est en quelque sorte le coeur historique de ette cité bien sage.Je n'ai rien reconnu du lieu,puis je me suis souvenu, j'ai vu,compris que Buren était passé par là. C'était magnifique.La place était transformée,elle m'a mis d'excellente humeur. Comment est ce possible ?

le travail de Buren fait souvent plaisir. Voilà la verité, toute simple, toute nue. A  Prague, à Roztoky plutot, à l'invitation de Nadine Gandy, Buren ne nous à pas privés de notre plaisir.

Olivier Poivre d'Arvor
16 Mars 1995 .
 
 
Daniel Buren presse
 
 
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